Sur la place, vous partez du camélia blanc, il trône sur son promontoire et qui sait combien de printemps a-t-il déjà fleuri, 80, 100 ou peut-être plus ? Au pied du mur, la pompe publique est toujours dressée, tarie depuis longtemps, elle a servi à nombreuses familles jusqu’à l’arrivée de l’eau communale en 68. L’eau qui en jaillissait à la force des bras, provenait d’un forage, d’un puits artésien construit par la commune au début du 20 ème siècle et nul doute que si on réparait la mécanique, l’eau remonterait encore. La résidence des Camélias, constituée de quatre petits logements aujourd’hui, était jusqu’en décembre 1972 la mairie, sur seulement la moitié du rez-de-chaussée. Elle était constituée de deux pièces et d’un couloir sans grande lumière, sur un plancher craquant, ça sentait le vieux et l’humidité…un autre temps. Le reste de la maison servait au logement de l’instituteur et de sa famille.
Le matériel
A la place de la salle St Limon, il y avait l’école publique des garçons, dirigée par Monsieur COURTEL, la cour en était fermée par une barrière et sitôt la classe finie, un berger allemand montait la garde en montrant les crocs. Chemin faisant, vous laissez la Grenouillère sur la droite, célèbre par les galettes qu’on venait y chercher chez Madeleine.
Vous passez au pied à droite d’une petite maison, inoccupée aujourd’hui, la maison de Morine. On y a connu un vieux couple de journaliers, gagnant leur pain quotidien dans les fermes aux alentours. Un peu plus loin sur la droite, une plateforme servait au dépôt des ordures, les familles du bourg venaient les déposer avant l’organisation des premiers ramassages des poubelles par les cantonniers avec un cheval et un tombereau. Le chemin actuel est plat et enherbé, il a perdu sa bretelle venant d’en haut, elle permettait de coupe pour venir de la boulangerie et de l’école des filles. La douceur du sol d’aujourd’hui contraste avec celui d’en temps cabossé, rocailleurs avec deux reillères bien tracées. Il faisait chanter les roues à bandages des brouettes des lingères, on entendait de loin le cliquetis de la rencontre du fer contre les chaillots, lorsqu’elles allaient et venaient du lavoir. Elles poussaient une brouette en bois, déjà lourde à vide, remplie de linge, de la caisse à laver, d’un battoir, d’une brosse et d’un savon de Marseille cubique.
Pourquoi le nom de Saint-Limon ?
Sur l’ancien cadastre de 1825, figure à cet endroit la fontaine de St Limon. On peut imaginer que les habitants du secteur y avaient construit une fontaine maçonnée, pour y puiser plus facilement une eau claire et abondante, puis elle fut baptisée par le nom d’un Saint selon la coutume catholique. Ce Saint prénommé Limon, on n’en trouve aucune trace, même Google n’a pu nous renseigner, ni de son origine ni de quelles
vertus cette eau était affublée. On peut imaginer qu’au fil du temps, une lettre du nom originel ait pu changer, peut-être de Simon ou alors de Lemon d’origine celte, le e se prononçant i dans la langue anglo-saxonne et avec le temps et ses approximations…
Allez savoir !
Les amicales
Toujours est-il que cette zone humide arrangeait les riverains au point que la commune y construisit à la place de la fontaine, un lieu de servitude sans doute au début du XXème siècle, sa conception en béton armé pourrait dater de son ancienneté. L’aspect actuel du lavoir n’a rien de son lustre de l’époque, il est vide, abandonné de tous, même des grenouilles. Il n’y a plus de talus pour l’entourer ni d’arbres pour l’abriter. Tout va à vau-l’eau. La source captée est prisonnière de la citerne enterrée, on venait y remplir les tonneaux d’eau pour les vaches aux champs. Le premier bassin, tout en longueur servait d’abreuvoir. Les vaches et chevaux du bourg venaient y boire quotidiennement, une eau fraîche absorbée goulument. Les pâtours devaient s’entendre pour ne pas croiser les troupeaux dans le chemin creux. Ah, s’il y avait eu les téléphones portables ? Que de jurons n’ont été lâchés avant que chaque bovin ne retrouve son chemin et chaque veau, sa mère. Le lavoir était plein, d’une eau blanche savonneuse. La même eau servait plusieurs jours de suite, quid du bilan hygiène à la fin de semaine. Le samedi, les cantonniers venaient vider le bassin, l’eau s’en allait dans le milieu en soulevant simplement la bonde. Les truites en aval faisaient des bulles, il n’y avait pas de pollution puisqu’on ne la mesurait pas encore.
Radio bobard !
Le lundi matin, l’eau claire attendait ces dames. Beaucoup s’y pressaient pour venir y laver la culotte et le tricot de corps de la semaine. Dam, on ne se changeait pas autant qu’aujourd’hui ! Les conversations allaient bon train, car le dimanche soir, certaines avaient assisté au bal à la Cigale, et là, je vous le dis, mais surtout ne le répétez pas, la Marie Machin a fricotté avec le Jean Bidule. Et vas-y, que je te roule des patins, ah ça y allait, les galoches à n’en plus finir. Enfin, je ne te dis que ça ! Ils sont même sortis prendre l’air, et quand ils sont revenus, elle avait du foin collé à sa jupe. Oh, mais j’te jure tout de même ! Cessons là les propos où l’on va devenir médisant.
Et l’on en oublie de savonner le linge, de le brosser, de le battre, de le rincer et de le tordre, le tout penchées à genoux sur la bordure en granit. La tâche accomplie, les lavandières remontaient vers le clocher en poussant un chargement plus lourd qu’à l’aller, avant de faire une pause à la pompe sur la place pour un dernier rinçage des blancs. A la maison, fallait chauffer la lessiveuse pour faire bouillir le linge avant le séchage au grand vent. Ouf, épuisante besogne !
Vivement la machine à laver Vedette !
Un gamin du bourg à l’époque